Yolk Records

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Langues et lueurs Jean-Paul Delore, Louis Sclavis, Sébastien Boisseau


référence catalogue : J2093
date de sortie : 01/03/2024
Photos : Gauche © Rémi Angeli, Droit © Aït Belkacem, design © Anima Productions. En bas © Annabelle Tiaffay

A propos du disque

Pour que l’on en vienne à reconsidérer la manière dont on vit dans un espace, Guy Debord prônait la dérive. C’est à une semblable dérive que s’est livré le metteur en scène, auteur et comédien Jean-Paul Delore. Ce récital donne en effet à entendre les textes d’auteurs français et africains qu’il a choisis aléatoirement, au hasard de ses voyages répétés en Afrique.
On sait, depuis le succès phénoménal de Carnet de routes en 1995, par le trio Sclavis-Romano-Texier, ce que Louis Sclavis partage avec le continent africain. Rejoint dans ce goût commun pour l’écriture et l’Ailleurs par Sébastien Boisseau – qui a joué avec le gratin du jazz (Humair, Kühn, Solal, Metheny, Portal, etc.) –, les trois artistes « dessinent un paysage sonore où alternent langueurs et colères, rêveries et dérisions ». Ce spectacle fort, à la frontière des genres, porte à l’évasion et à l’indignation, grâce à l’incroyable présence de Jean-Paul Delore et au jeu dévastateur de deux géants de leur instrument.


"LA TRANSE AFRIQUE"
Langues et lueurs botte le cul à l'exotisme
, rien de connu des terres d'Afrique déversées gorges déployées par les trois bretteurs de ce récital où textes et musiques sautent par-dessus chaque ornière de la piste. Les deux registres s'épaulent et dansent des danses de rage, d'amour et d'urgence. Pas de coupé-décalé, ici l’entrechat laisse la place à l'uppercut. LOUIS SCLAVIS (clarinette, harmonica) et SÉBASTIEN BOISSEAU (contrebasse) tiennent merveilleusement la baraque à musique du projet. JEAN-PAUL DELORE en placarde les murs de grands jets de chaux textuelles, de « mazout crus » et de formules incandescentes. Parmi les braises choppées dans l'oeil : la mort sûre « à moins d'un écoulement d'artère », « la petite insolence » de la baise impérieuse pour « monter au-dessus des cathédrales » et cette défaite imparable et lapidaire : « ce monde est mort, y compris la France. » On éteint l'Esprit des Lumières, merci messieurs-dames les pétroliers et gazificateurs.


Mais ça rue toujours et c'est une jolie chose d'avoir appelé ce projet hautement incendiaire : récital. Ici, pas de pose de lecture-spectacle ou de cérébrationsde concert littéraire. Tout est organique, tiré à quatre épingles de dissection. L'Afrique dont il est question, sub-équatoriale, violente et sensuelle jusqu'au dérangement, est livrée à cœur ouvert à double battants.


Jean-Paul Delore est un goûteur de texte, humble et sauvage. Boss du Lézard Dramatique, il a pourtant le sang chaud, le sang réchauffé au soleil africain, territoire qu'il connait et aime par le cœur. Ses collaborations avec Dieudonné Niangouna, exilé politique congolais, suffiraient à le dire. Avec le maniérisme fauve d'un Brel adieusant l'Olympia en 1966, il livre une fervente Lettre à Arthur expectorée par Sony Labou Tansi. Ses mots castagnent et se fondent à merveille dans la bataille amicale qu'ils livrent à la musique. Celle-ci veille d'un œil aiguisé et amoureux, laisse l'Afrique où chacun voudra la mettre. On entend même une saltarelle un peu lasse puisée sans doute dans les souvenirs de Napoli's Walls du-dit Sclavis. Parfaits détours.

GUILLAUME MALVOISIN

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